tar_sands_action_2[1]Le mouvement des étudiants au Québec, créatif, courageux et inspirant, viendra aujourd’hui gonfler les rangs de la marche du Jour de la Terre à Montréal. On pourra y contempler une mosaïque de rouge et de vert, une communion des demandes pour un gel des frais de scolarité et des demandes pour le respect de la Terre et des populations affectées par les changements climatiques. Faisons en sorte que ce croisement ne soit pas que le fruit du hasard, mais bien qu’il s’enracine et qu’il fleurisse.

Notre pays s’est toujours vu divisé par des solitudes de nation, de religion et de langue, mais il n’y pas deux solitudes aussi importantes à surmonter aujourd’hui que la lutte contre une économie injuste et la lutte contre les changements climatiques.
Il n’a jamais été aussi urgent de faire ce lien. La vieille mentalité nous a portés à mener nos batailles séparément : laisser les environnementalistes se préoccuper de l’environnement tandis que les travailleurs et les étudiants se préoccupent de l’économie. Pourtant, la mentalité d’aujourd’hui nous laisse voir qu’il y a ici en fait qu’une lutte, puisque les crises climatique et économique ont la même racine : la priorisation du profit devant les gens et la planète.
Voilà ce que doit être l’éveil collectif de notre génération.

Les étudiants, carrément dans le rouge, sont un signal que notre modèle économique leur fait défaut. Les changements climatiques, quant à eux, sont une terrifiante expression — l’alerte rouge suprême – que l’économie fait défaut à la Terre. Ce modèle économique, qui célèbre la cupidité et l’élève au-dessus de tout, ne rend pas seulement l’éducation inaccessible, il finira aussi par rendre notre planète inhabitable.

« C’est chacun pour soi », nous dit ce système. Il en va de soi de mettre le fardeau des dettes sur les épaules des étudiants, et laisser aux peuples dévastés par les déséquilibres du climat – tempête, sécheresse, inondation ou perte de récoltes – endurer leurs destins.

Ce modèle économique néolibéral qui transforme l’éducation en une entreprise, c’est aussi lui qui transformera la vallée du Saint-Laurent en une zone d’expérimentation industrielle d’exploitation des gaz de schistes. Le même aussi qui traitera le Nord québécois comme une offrande minière et forestière et le golfe du Saint-Laurent comme une station d’essence. C’est encore lui qui fera en sorte que le Québec devienne une base de lancement à l’est du pays pour la véritable bombe de dioxyde de carbone que sont les sables bitumineux d’Alberta.

La science nous démontre maintenant que cette façon de brasser les affaires, la croissance perpétuelle et la cupidité sans fin, l’expansion et l’extraction constantes, répand dans l’atmosphère tellement de dioxyde de carbone qu’elle nous assure des changements climatiques cataclysmiques. Cette science nous pousse aussi vers d’autres possibilités.

Les vraies solutions aux changements climatiques viendront avec la création d’une économie au service de tous, y compris de notre planète. Ses mandats seraient de rapprocher les inégalités grandissantes; de resserrer le tissu social avec entre autres le transport en commun et la gratuité scolaire; de générer de bons emplois réduisant notre dépendance aux énergies fossiles et s’inscrivant dans une vision verte; et de restreindre les pouvoirs irréfléchis des corporations et des banques qui profitent de la privatisation des écoles et de la pollution de l’environnement.

Nous devons mettre un terme au règne du pétrole à Ottawa et de ses influences à Québec. À ce jour, le gouvernement fédéral remet 1,4 milliard de dollars par année aux plus riches et polluantes compagnies pétrolières au monde. Un tel montant remis aux étudiants permettrait de mettre en place un système d’éducation gratuit autant au Québec qu’à travers tout le Canada.
Les changements climatiques ajoutent une grande urgence aux revendications de justice sociale, économique et écologique. Le temps nous presse à réduire nos émissions de dioxyde de carbone rapidement. Ce défi doit donc être cette étincelle qui nous mènera à rebâtir notre économie dans un très court délai.

Les valeurs portées par nos mouvements sociaux bourgeonnants – la solidarité avant l’individualisme, la réciprocité avant la hiérarchie, la coopération avant la compétition – devraient orienter notre vision vers une économie basée sur des énergies propres. Ce mouvement sera plus fort une fois uni; une fois qu’il trouvera des solutions simultanément à la crise économique et écologique; une fois qu’il sera vert aussi bien que rouge.

Du 26 au 29 octobre prochain à Ottawa, lors de l’événement PowerShift 2012, des milliers de jeunes de partout au pays convergeront dans la capitale. Le but:  Pousser ces enjeux sur la scène nationale et ainsi lutter pour une avenir qui roule à l’énergie propre et incarne la justice économique et sociale. Si la force et l’énergie du printemps québécois se propagent à travers le Canada, nous pouvons y arriver.